Le numéro 99 d'Art Le Sabord est brodé autour du Renoncement. Onze auteurs. Cinq artistes en arts visuels. Soit 16 créateurs qui examinent les diverses coutures du lâcher-prise, du détachement volontaire. D'abord, Pierre Labrie ressuscite le musicien en lui dans Paroles country de nos hivers, un poème qui prend l'allure d'une bonne vieille chanson country : « et nous deux avec la même promesse / sur un carton d'allumettes au fond d'une petite boîte en bois / que jamais nous ne délaissons les hivers ». Michel Pleau, poète officiel du Parlement du Canada, parle de cette maison mélancolique qui existe en lui et « que personne n'a jamais touchée ». Un travail d'orfèvre. Ironiquement, Catherine Cormier-Larose nous secoue avec son texte intitulé Sommeil : « si je t'offre un bouquet d'ampoules brisées et te demande de les rallumer comment feras- tu? ». Puis, Frédérique Dubé explore le renoncement par le biais des sens. Un exercice casse-gueule qu'elle réussit haut la main. Auteur de la relève, Guillaume Lapierre-Desnoyers nous rappelle nos premiers amours dans Un caillou dans la main : « j'aurais parfois préféré ne jamais la rencontrer et continuer ma vie de simple enfant qui n'a d'yeux que pour sa mère. » En effet, le protagoniste de son récit sera marqué à jamais par Pénélope, une fille qui avait du chien. Dans Mise au repos, qui s'ouvre par « Il faudrait se résigner à l'insignifiance », Patrick Nicol crée une ambiance pour le moins énigmatique. Que vient faire son narrateur dans ce possible Hotel California de l'enseignement? Marco Geoffroy poursuit avec Miettes d'espace-temps, poème qui se lit en un souffle et qui est une sorte d'adieu à l'être aimé. Jonathan Barrette, lui, est prêt à abandonner ce qui lui reste de foi « À la remorque d'un dieu informe / Pour un reste [d'elle] » dans Le silence incendié. Quant à François Godin, il nous invite à poser des actions concrètes et à renoncer à la technologie dans La collection des naufrages (poésie-action). Par ailleurs, impossible de ne pas applaudir la créativité de Carl-Keven Korb. Par un simple jeu de polices de caractère, l'auteur réussit à nous faire ressentir toute la douleur de son personnage dans Six tableaux et un piano. Finalement, Jonathan Gaudet propose une nouvelle où un ancien libraire refuse de quitter le monde des vivants.
En ce qui concerne les arts visuels, une large place est laissée au travail de Luc Courchesne dans cette publication. Sur son site Internet (courchel.net), l'artiste se présente comme suit : « Luc Courchesne participe à l'émergence des arts médiatiques et numériques il y a 30 ans alors que, vidéaste inspiré par une génération de cinéastes expérimentaux tels Michael Snow et Hollis Frampton, il adopte les technologies informatiques. [...] Inventeur d'un dispositif qui permet l'immersion visuelle, il contribue par ses installations et par ses images "panoscopiques" à transformer le spectateur de l'œuvre en visiteur, en acteur et même en habitant de ses dispositifs expérientiels. » Aux œuvres de Courchesne s'ajoutent celles de Marie-Jeanne Musiol, qui alimente une réflexion photographique à Auschwitz, de Marcia Massa, de Naomi London et de Roberto Pellegrinuzzi. Des créations (à l'exception de celles de Musiol) desquelles se dégage une certaine paix.
Également, dans ce numéro : François Désaulniers nous offre un récit de voyage parfumé sur Ténérife; Anne Pilorget nous fait découvrir le travail de Virginie Laganière et de Jean-Maxime Dufresne, de Victoria Stanton et de Chloé Beaulac; Louise Paillé nous plonge dans l'univers de la plus récente Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières; et nos collaboratrices commentent quatre publications littéraires.
Auteur·rice·s : Jonathan Barrette, Catherine Cormier-Larose, François Désaulniers, Frédérique Dubé, Jonathan Gaudet, Marco Geoffroy, François Godin, Carl-Keven Korb, Pierre Labrie, Guillaume Lapierre-Desnoyers, Patrick Nicol, Michel Pleau
Artistes : Luc Courchesne, Marcia Massa, Marie-Jeanne Musiol, Roberto Pellegrinuzzi
Entretiens : Biennale nationale de sculpture de Trois-Rivières (Louise Paillé), Centre Sagamie (Anne Pilorget)
Plage de prix : 5.49$ à 9.95$