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89 • dégénérescence

Ils furent nombreux à critiquer le langage et à décrier la dégénérescence du discours. Déjà, Rousseau revendiquait un langage plus expressif et originaire que celui des Lumières. Nietzsche déplorait l'oubli des métaphores derrière les concepts, ces «tombeaux du langage». Kierkegaard matraquait le dépérissement de tous les discours - surtout philosophique, cherchant de nouvelles formes d'énonciation pour une pensée de l'existence. Souvent, nous réprouvons «la langue de bois» des politiciens ou le discours édulcoré des médias. C'est que le langage, nous disent les philosophes, est notre condition. Nommer le monde, ce serait toujours investir le nôtre d'une certaine manière : porter au jour des faits et en taire d'autres. Dans ce numéro 89, nous avons voulu nous frotter à la dégénérescence. Celle du vieillissement des corps, certes, mais aussi d'autres dégradations plus subtiles. Dix auteurs ont prêté leur plume à ce projet, déployant chaque fois un langage propre, une manière singulière de dire ce qui se détériore. Rousseau, Nietzsche et Kierkegaard n'auraient pu qu'applaudir!

Plage de prix : 5.49$ à 9.95$