Alors que nous vieillissons, les monstres de l’enfance se transforment, mutent pour conquérir de nouveaux espaces. Désormais à l’étroit dans les nuits agitées et les terreurs nocturnes, ils migrent vers des horizons complexes où, subtilement, ils déploient leur arsenal protéiforme pour provoquer tantôt peur, tantôt dégoût, parfois inquiétude, voire fascination.
Mais ils ne se contentent pas des marges. La figure millénaire du monstre a évolué au l des erois, a depuis longtemps appris à rétracter ses griffes et à dissimuler ses dents. Des terrains du conte et du fantastique où ils avaient élu domicile, ils se sont taillé une place dans notre monde en empruntant des traits anthropomorphes; stratagème qui, s’il amoindrit un peu leur prestance mythique, leur confère la capacité de se rapprocher incognito de nos villes, de nos maisons.
Monstres, thème de ce 118e numéro, a probablement fait couler autant sinon plus d’encre que de sang. Les monstres, intériorisés, « canoniques » ou esthétisés, occupent une place prépondérante au sein de notre culture, tant dans la littérature que dans les arts visuels. Des épopées antiques aux manifestations cinématographiques contemporaines en passant par l’utilisation du terme dans le langage populaire – pour qualifier ce qui choque, impressionne, dérange ou déroge d’une certaine normalité –, les monstres demeurent omniprésents, aussi ancestraux et primordiaux que la crainte et la curiosité qu’ils provoquent.
Mais que cache ou sous-tend ce désir d’effrayer ou d’être effrayé.e ? De lire ou de créer des histoires qui mettent en scène des êtres, actes ou phénomènes abominables ? Une envie de montrer ou de voir le vil, l’immonde, le difforme et l’abject ? Un besoin de nous familiariser avec cette angoisse fondamentale face à ce qui nous dépasse et nous rappelle notre profonde vulnérabilité ?
En donnant forme à leurs craintes les plus envahissantes, artistes et écrivain.e.s s’ouvrent à la part d’ombre qui hante leurs insomnies pour la combattre, la comprendre ou l’apprivoiser. Les créateurs et les créatrices abordent ses multiples représentations, entre impuissance ou ambiguïté, offrent de riches terrains de jeu pour confronter nos terreurs et leurs effets. Ne s’agit-il pas d’une expérience essentielle pour affronter un quotidien dont le caractère horrifique supplante souvent celui de la fiction ?
Auteur·rice·s : Raphaëlle B. Adam, Laurence Bertrand, Pierre Brouillette-Hamelin, Mathieu Croisetière, Camille Deslauriers, Louis-Philippe Hébert, Ayavi Lake, Tristan Malavoy, Lyne Richard, Alexis Rodrigue-Lafleur
Artistes : Amélie Brisson-Darveau, Cindy Dumais, Pierre&Marie, Joseph Tisiga
Entretiens : Ève De Garie-Lamanque (Karine Bouchard) et les directrices du collectif Cruelles (Ariane Gélinas)
Plage de prix : 7.00$ à 14.95$