Pour moi, écrire une biographie ne se résume pas à énumérer les lieux d'exposition, les résidences de création, les œuvres d'art public réalisées, etc., pour que le lecteur puisse interpréter, voire soupeser l'importance de mon parcours et se faire une idée de ma position hiérarchique dans le milieu de l'art, du statut de ma reconnaissance à l'échelle locale ou internationale. Ma vie d'artiste ne se résume pas à une liste. Ma vie d'artiste est un cheminement de fond, un choix de vie complexe, nourri de nombreux événements, certains plus marquants que d'autres. Elle est parfois jonchée de silences, de moments plus difficiles, d'expériences heureuses autant que d'humbles réalisations.
Mes recherches abordent des thèmes tels que la mémoire, les rituels, l'éphémère et la permanence. De nature philosophique, ma démarche explore le rôle du sacré et de la lenteur dans un monde où tout semble s'accélérer. Les temps de deuil viennent freiner la tendance à l'accélération qui s'immisce dans nos vies, alors que les choses importantes ne se font jamais vite. La littérature, la philosophie, le processus de création sont sources de réflexion.
Je prends le parti pris radical de l'éphémère, telle une quête au sein de l'impermanence des choses. L'œuvre se vit, forçant ainsi une qualité de présence. Mes interventions in situ relèvent de l'imprévisible, alors que le monde actuel semble vouloir contrôler de plus en plus les choses et les êtres. Je me demande comment, à une époque d'hyperconnectivité et de vitesse, honorer un processus créatif dans l'espace-atelier, métaphore d'un lieu imaginaire idéal. Je mets à nu ces idées dans des lieux où s'inscrivent mes installations, en explorant les failles potentielles, les moments de réflexion, les instants d'hésitation, par l'incarnation du travail dans le corps et l'espace — réel, imaginaire et symbolique.